Il y a tout juste 50 ans, le 15 janvier 1970, s’achevait la guerre du Biafra,  l’une des plus meurtrières guerres civiles du XXème siècle. Tout avait commencé deux ans et demi plus tôt avec la sécession de la riche région du Sud-Est du Nigéria, auto-proclamée République du Biafra.

Plus de deux millions de morts

S’ensuivit trois ans d’enfer pour les populations jusqu’à la victoire de l’armée fédérale et la réintégration en 1970 du Biafra au sein de l’Etat nigérian. Bilan : Deux millions de morts essentiellement dûs à la famine organisée. A eux s’ajoutent quatre millions de déplacés et trois millions de réfugiés.

CICR, principal acteur humanitaire

Dans ce contexte hors échelle, le CICR se retrouva principal acteur humanitaire parvenant à assister des centaines de milliers de personnes de part et d’autre des lignes de fronts, acheminant nourriture et prodiguant soins médicaux. L’Institution conduisit ainsi la plus grande opération de secours d’après-guerre avec, par exemple, deux ponts aériens vers le Biafra. L’un depuis le Dahomey (aujourd’hui le Bénin), l’autre depuis la Guinée équatoriale. Au total plus de 1000 vols de nuit furent effectués. Mais le rôle du CICR s’avéra complexe et délicat, sur le terrain évidemment pour les quelques 2000 employés, mais aussi au siège, à Genève. Dans cet article du Temps du 23 août 2018, le journaliste Stéphane Bussard décrit la coulisse d’un CICR sous pression opérationnelle mais aussi politique.

Début de la professionnalisation de l’humanitaire

La guerre du Biafra marqua un tournant important dans l’action humanitaire moderne. La chercheuse Marie-Luce Desgrandschamps de l’université de Genève note dans cette contribution à la Revue internationale de la Croix-Rouge que « le Biafra est un moment charnière dans l’histoire du CICR. En l’amenant à mettre en place et à coordonner une importante opération d’assistance, lors d’une guerre civile, dans un contexte post-colonial, ce conflit a soulevé un certain nombre de nouveaux défis » dont les enjeux conduisirent à partir des années 70 à professionnaliser l’action humanitaire.

Au même moment, signe des temps, plusieurs médecins mis à disposition du CICR au Biafra par la Croix-Rouge française prenaient l’initiative de créer, en 1971, une organisation prometteuse : Médecins Sans Frontières

Frédéric Joli