Parallèlement à l’édiction des normes qui deviendront par la suite le droit international humanitaire tel qu’on le connaît aujourd’hui, le CICR s’efforça dès sa création de faire essaimer des sociétés de secours à travers le monde. Le premier article des résolutions adoptées lors de la Conférence internationale d’octobre 1863 le formulait de la manière suivante :

« Il existe dans chaque pays un Comité dont le mandat consiste à concourir en temps de guerre, s’il y a lieu, par tous les moyens en son pouvoir, au service de santé des armées.

Ce Comité s’organise lui-même de la manière qui lui paraît la plus utile et la plus convenable. »

Comme le précise l’article 3, ces comités nationaux[1] se doivent d’entrer en contact avec leurs gouvernements respectifs afin de pouvoir assurer le secours aux soldats blessés durant les périodes de guerre. Ils ont également vocation à perdurer en temps de paix, et ce afin de préparer au mieux de plus difficiles périodes puisque, pour reprendre les mots de Gustave Moynier, co-fondateur du CICR, « jusqu’alors la charité s’était toujours laissé prendre au dépourvu ».

Ces sociétés ont donc pour tâches, durant les périodes d’accalmie, de former et de recruter des infirmiers volontaires qui seront dès lors prêts à agir en cas de conflit. Reposant essentiellement sur des fonds privés, elles cherchent également à obtenir des donations afin de pouvoir acquérir le matériel nécessaire à leurs interventions. C’est en tout cas le rôle qui leur est assigné au départ puisque, comme on le verra, leurs directives n’ont pas été insensibles aux tourments de l’histoire.

Plus de 150 ans se sont écoulés depuis et les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sont, en 2020, au nombre de 192. Alors qu’elles sont regroupées au sein de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, les statuts du Mouvement exigent toujours qu’elles soient reconnues formellement par le CICR via ses circulaires. Cette démarche leur permet alors de devenir membre de ce même Mouvement et, ainsi, de prendre part à ses réunions statutaires. En novembre 2019, le CICR a par exemple reconnu la Croix-Rouge du Bhoutan.

Un rapide coup d’œil sur la frise chronologique nous permet de voir que la grande majorité d’entre elles ont intégré le Mouvement à partir des années 1950. Certaines décennies se sont d’ailleurs révélées particulièrement fructueuses de ce point de vue et, comme nous le verrons, ces multiples reconnaissances épousent bien souvent les évènements plus ou moins tragiques de l’histoire. Dans cet article, nous nous proposons de distinguer trois grands moments en particulier dans cette histoire :

  1. Les débuts, qui voient les premières Sociétés nationales se former au cours des années qui suivent 1863. Relativement peu nombreuses, leur précocité les rend néanmoins singulières.
  2. La vague des années 1920, qui suit la déflagration guerrière de 1914-1918.
  3. Le moment de la décolonisation dans les années 1960-1970, où des pays nouvellement indépendants créent leurs propres Sociétés nationales.

Vers les ressources sur les Sociétés nationales

 

 Des débuts très européens

Notons d’abord que les premières Sociétés nationales n’ont pas fait l’objet d’une reconnaissance par circulaire. C’est le cas par exemple de celle du Wurtemberg, la plus précoce d’entre toutes, qui naît en décembre 1863. Elle sera suivie par la formation de sociétés de secours en France, en Belgique, en Espagne et en Italie l’année suivante, puis au Portugal, en Suède et en Norvège en 1865. L’Allemagne n’ayant pas encore connu son unification, ce ne sont pas moins de 9 sociétés de secours qui sont créées dans les Etats germaniques avant 1870. Elles sont d’ailleurs coordonnées depuis Berlin au sein d’un Comité central des sociétés allemandes. Quant à la dénomination de Croix-Rouge nationale, qui perdure jusqu’à aujourd’hui, elle n’est requise qu’à partir de 1872[2]. Avant cela, chaque société de secours est libre d’adopter le nom qui lui sied le plus, celle du Wurtemberg prenant par exemple celui de Comité de secours aux militaires blessés (Hilfskomitee für die verwundeten Soldaten).

Comme le précise Moynier, « les sociétés qui ont formé le premier noyau de la Croix-Rouge sont nées de l’entraînement provoqué par les résolutions et les vœux de la Conférence de 1863. Puisant leurs inspirations à la même source, dirigées pour la plupart par des hommes qui se connaissaient, elles se sentaient en communauté de sentiments et de visées pratiques ; aussi savaient-elles à quoi elles s’engageaient en se promettant d’entretenir ensemble des relations fraternelles et de s’entr’aider »[3]. Très vite pourtant les idéaux du Comité se propagent à travers le reste de l’Europe, et même en dehors, dépassant alors les cercles affinitaires des personnes présentes à la Conférence de 1863. La reconnaissance des Sociétés nationales doit alors se faire de manière plus formelle, rôle que les circulaires se chargeront de remplir jusqu’à nos jours.

La première Société nationale à faire l’objet d’une reconnaissance par circulaire est celle de l’Empire ottoman, en août 1868. Plus précisément, le Comité international annonce à cette occasion qu’un « comité provisoire pour la création d’une société ottomane de secours pour les militaires blessés vient de se créer à Constantinople ». Ce n’est qu’en avril 1877 que paraît la circulaire 36 faisant état de la constitution définitive de la Société ottomane. Seul bémol, le Comité doit « cependant attirer votre attention sur le fait que [elle] a adopté, pour signe distinctif du personnel neutralisé, le drapeau et le brassard portant le Croissant Rouge sur fond blanc. »[4].

Développement de l’oeuvre de la Croix-Rouge publié par le Comité International à l’occasion du 25ème anniversaire de la fondation de la Croix-Rouge (1888, CICR)

Cet élément nous permet d’indiquer que la date de reconnaissance ne correspond pas à la date de création de l’institution ; il arrive même assez souvent qu’une Société nationale soit active pendant plusieurs années avant que son existence se voit avalisée par le CICR. Ce délai est généralement dû au temps nécessaire à la mise en conformité des statuts ou à l’adhésion de l’Etat correspondant à la Convention. La Croix-Rouge japonaise est par exemple la première Société à se former en Asie en 1877. Elle ne sera pourtant reconnue formellement par le CICR que dix ans plus tard, lorsque le Japon signe la Convention de Genève.

Le 8 mai 1880, le CICR avalise la création de la première Société nationale du continent américain, celle du Pérou. Ce qui, étant donné les moyens de communication de l’époque, peut poser un certain nombre de problème. Ainsi en janvier 1881 lorsque le CICR déplore les conséquences de la guerre du Pacifique, opposant la Bolivie et le Pérou au Chili, et ajoute : « Nous avons la conviction que, si la distance qui les sépare de nous n’y eut mis obstacle, ils nous eussent déjà fait entendre un cri de détresse et appelés à leur aide. Mais les communications avec le Pérou exigent beaucoup de temps et, à supposer que nos amis nous aient écrit sans retard pour réclamer notre assistance, leur lettre ne nous parviendrait pas avant plusieurs semaines. » Ce qui n’empêche pas le CICR de se féliciter de la propagation de ses idées par-delà le Vieux continent.

C’est le cas également en 1889 lorsqu’il accueille dans ses rangs une « société congolaise et africaine de la Croix-Rouge », reflétant alors dans son message la mentalité coloniale en vogue à cette époque au sein des élites européennes :

« Le jeune Etat indépendant du Congo, quoique âgé de quatre ans à peine, a tenu à honneur de devancer dans cette voie des puissances plus vieilles que lui, qui, semble-t-il, auraient dû l’y précéder. Il est probable que le peuple congolais, livré à lui-même, n’aurait pas fait de longtemps une semblable démarche, mais, sous la tutelle d’un souverain éclairé, de race étrangère, qui ne recule devant aucun sacrifice pour faire pénétrer la civilisation en Afrique, il possède des chefs qui le poussent énergiquement dans la voie du progrès. C’est, en particulier, à l’initiative du roi Léopold qu’est due la création de la Croix-Rouge congolaise. »[5]

La fin du 19ème siècle est en effet marquée par la conférence de Berlin (1884-1885) à l’occasion de laquelle les puissances européennes se partagent le continent africain. Les territoires colonisés alors seront le plus souvent dépendants de la Société nationale du pays colonisateur et il faudra attendre la résolution XI de la Xe Conférence internationale de 1921 pour que soit préconisée la création de Sociétés nationales propres à ces mêmes territoires. Dans le cadre d’une colonisation toujours prégnante, ce processus prend une forme bien particulière puisque prédomine la volonté de la Société du « pays d’origine ».

De manière générale, les premières Sociétés nationales émergent à l’initiative de médecins ou de militaires ayant assisté à la Conférence de 1863. En Prusse c’est la reine Augusta qui en porte le projet dès 1864. Dans d’autres pays, comme en France, c’est le Comité de Genève lui-même qui se charge d’y « répandre les idées nouvelles »[6]. Plus fondamentalement, la formation de Sociétés nationales fait souvent suite à des conflits armés. Car si on a pu parler, pour caractériser la période allant de 1815 à 1914, d’une « paix de cent ans », de nombreux conflits n’en ont pas moins émaillé la deuxième moitié de ce long XIXe siècle. Les guerres d’indépendance italiennes, durant lesquelles prit place la bataille de Solferino, en sont bien sûr la meilleure illustration. Les décennies suivantes connaissent également leur lot d’épisodes sanglants : conflit entre la Turquie et la Serbie, la guerre d’Orient ou encore la guerre du Pacifique, qui conduit à la création de la Croix-Rouge péruvienne. Ces conflits constituent souvent le déclencheur pour la formation de Sociétés nationales, le Comité lui-même encourageant parfois de telles démarches en envoyant des délégués, comme ce fut le cas pendant la guerre d’Orient.

Quant à la guerre civile américaine, elle conduit indirectement à la création de la Croix-Rouge américaine en 1881 puisque sa fondatrice, Clara Barton y avait fait ses premières armes dans le secours aux blessés. La circulaire du 20 septembre 1882 la concernant nous donne une bonne idée des différentes étapes que doit traverser toute Société nationale pour être finalement reconnue par le CICR : obtenir l’adhésion de son Etat à la Convention de Genève et être reconnue par ses propres autorités. A en juger par le message du Comité international, cela peut se révéler un parcours semé d’embûches. Il arrive même que certains projets tombent à l’eau après quelques années seulement, comme le prouve le cas du Portugal : le CICR se voit dans l’obligation de mettre fin à toute communication avec le comité de Lisbonne suite à la « mort ou la dispersion de la plupart de ses membres »[7].

S’agissant du rôle-même des Sociétés nationales, il n’est pas fixe et tend à largement évoluer avec la pratique. On se souvient que les tâches des sociétés de secours fixées par les résolutions de 1863 s’articulaient en effet exclusivement autour de l’aide aux blessés en temps de guerre. Les activités des Sociétés en temps de paix devaient elles aussi être tournées vers la préparation des secours en vue de futurs conflits. Pourtant, dès les premières années, certaines d’entre elles réclament l’autorisation d’étendre leurs prérogatives à d’autres activités utiles en période d’accalmie : prévention d’épidémies, soin aux malades, etc. Le Comité genevois ne voit pas forcément d’un bon œil une telle diversification, craignant, comme le dit Léonce de Cazenove, que « si nous étendons trop l’activité des Sociétés de secours au delà du but spécial qu’elles se sont proposé (sic ?), nous risquons d’amoindrir le résultat de nos efforts ». S’en suit un débat à l’occasion de la IIIe Conférence internationale de Berlin de 1869, débat qui tranche en faveur de la Croix-Rouge prussienne à l’initiative d’un tel élargissement des prérogatives.

Notons enfin que la relative autonomie laissée par le CICR aux Sociétés nationales ne concerne pas seulement leur mode d’action, elle touche également à la manière dont ces dernières interprètent le geste humanitaire et comment elles le combinent avec leurs propres imaginaires nationaux. Les emblèmes très différents qu’elles adoptent d’un pays à l’autre en sont la meilleure preuve : la Croix-Rouge française utilise par exemple l’image de Jeanne-d’Arc pendant que les Américains s’emparent du symbole de Columbia[8]. A une époque de montée en puissance des nationalismes, cette savante combinaison de principes universels et de symboliques patriotiques avait de quoi trouver un large écho au sein des élites européennes[9].

L’entre-deux-guerres

La Première Guerre mondiale constitue sans aucun doute une véritable épreuve de force tant pour les Sociétés nationales des pays prenant part au conflit que pour celles des pays neutres. Elles recrutent et forment à cette occasion des milliers de secouristes, appelés à soigner les millions de blessés d’un conflit à l’ampleur encore inédite. Les ressources matérielles et organisationnelles nécessaires à l’échelle de ces interventions les obligent également à démultiplier les démarches en vue d’obtenir des dons et à se doter de structures plus professionnelles. En somme, la guerre les a mises à l’épreuve et les divers rapports qu’elles rédigent en vue de la Xe Conférence internationale de 1921 en sont la preuve formelle et terrible. Des tensions entre Sociétés nationales émaillent également le conflit, le CICR étant alors le plus souvent réduit à un rôle d’arbitre[10].

C’est à la suite de cette déflagration qu’émerge l’idée d’une Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge à l’initiative de Henry Davison, qui s’était distingué en dirigeant le conseil de guerre nord-américain durant le dernier conflit. Ce dernier, désormais à la tête de la Croix-Rouge des Etats-Unis, estime désormais obsolète la prépondérance du CICR et cherche à coordonner l’action des diverses Sociétés nationales sur la base d’une paix qu’on espère durable. Au sortir du conflit, il prédit en effet l’ouverture d’une longue période d’accalmie, ce qui rendrait inopérant un CICR tourné spécifiquement vers les problèmes liés à la guerre. La Ligue est ainsi fondée en 1919 avec l’appui des Croix-Rouge françaises, américaines, japonaises et italiennes, sans que le Comité n’en soit réellement informé[11]. S’ensuivent quelques années de coexistence, avant que le CICR ne parvienne provisoirement à préserver la prépondérance de son rôle au sein du Mouvement lors de la XIe Conférence internationale de 1923. On constate pourtant en 1925 que les débats persistent et que l’incertitude sur la direction de la Croix-Rouge internationale n’est pas du goût de toutes les sociétés nationales, loin de là :

« Le motif des démarches qu’il a entreprises, et qui ont abouti à ce premier résultat, était que, de l’avis des Croix-Rouges Scandinaves, la situation actuelle, comportant un dualisme dans la direction de la Croix-Rouge internationale, était nettement intolérable. »[12]

Ce n’est finalement qu’en 1928, à la XIIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge de La Haye, que fut formellement réglé le problème à travers l’adoption des Statuts de la Croix-Rouge internationale.

Cours donné par la Croix-Rouge française à Port-Saïd (1938, CICR)

La Grande Guerre a également fait prendre conscience de l’importance d’une organisation pérenne de secours aux blessés puisque pas moins de 18 nouvelles Sociétés nationales sont créées au cours de la décennie qui suit 1914. De manière globale, le tournant du siècle voit une internationalisation croissante du Mouvement, particulièrement en direction de l’Amérique latine : l’Uruguay, le Mexique, le Panama, la Colombie, la Bolivie, le Paraguay, le Brésil, l’Equateur et le Chili se dotent tous de leurs propres organisations de secours entre 1897 et 1920[13]. Toutes ces nations n’ont pas forcément connu la guerre sur leur territoire au cours des dernières décennies et une lecture de leurs rapports d’activité permet de rendre compte de l’importance qu’a pris l’élargissement des prérogatives des Sociétés nationales suite aux débats des années 1880. Ainsi, la Croix-Rouge colombienne, fondée en 1915, s’occupe essentiellement de l’aide au civil au début des années 1920 : victimes de tremblements de terre ou d’incendies et malades du paludisme ou de la syphilis. En 1921, elle crée à Bogota un centre sanitaire qui dispense des services de maternité et où les enfants de familles pauvres peuvent venir se laver ; puis trois ans plus tard elle ouvre une crèche qui reçoit plusieurs dizaines d’enfants en bas âge[14].

La seconde moitié des années 1920 voit aussi les arrivées des Croix-Rouge sud-africaine, canadienne et australienne, qui font suite à un remodelage de l’Empire britannique, comme le souligne le rapport d’activités du CICR pour les années 1925 à 1928 : « A la suite de la Conférence de l’Empire britannique tenue en octobre et novembre 1926 fut défini le statut de la Grande-Bretagne et des Dominions. Le Comité international a considéré que la situation des Sociétés de la Croix-Rouge des Dominions n’était plus la même, et la Croix-Rouge britannique consul­tée par lui a déclaré que les Sociétés de la Croix-Rouge du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de l’Afrique du Sud et des Indes britanniques n’étaient plus des branches de la Croix-Rouge britannique, mais bien des Sociétés indépendantes. Le Comité international de la Croix-Rouge s’est empressé d’écrire aux cinq Sociétés précitées. Trois d’entre elles, comme on vient de le voir, ont rempli les formalités requises et ont pu de ce fait être reconnues. » Une fragmentation qui s’ajoute à celle déjà provoquée par l’éclatement des empires de l’est de l’Europe après 1918.

L’épreuve de la guerre a également participé à refonder les rapports entre Sociétés nationales et autorités militaires, ou du moins à en révéler l’importance. Signalons d’abord l’écart qui sépare celles qui sont des émanations du gouvernement et sont par conséquent fortement intégrées à l’appareil militaire national d’autres Sociétés nationales plus indépendantes et dont l’articulation avec les autorités de guerre nécessitent donc d’être en quelque sorte codifiée. De plus, les responsables des services sanitaires de l’armée sont souvent eux-mêmes membres des comités centraux de leur Croix-Rouge nationale. Cette imbrication est particulièrement notable dans la composition des délégations envoyées par les Sociétés mexicaine, équatorienne et chilienne à la Conférence de 1925 : deux ambassadeurs et le médecin en chef de l’armée dans le cas du Chili[15].

Exercice anti-gaz de la Croix-Rouge allemande (1930, CICR)

Cette question du rapport entre Sociétés nationales et autorités militaires, qui n’avait jusqu’ici jamais été abordées en profondeur, doit évidemment être tranchée en vue d’une éventuelle future période de conflit. Se pose alors, dans les années 1920, la question d’une codification formelle de ces rapports, la guerre de 1914-1918 ayant révélé certaines lacunes réglementaires qui pouvaient parfois faire obstacle à une pratique efficace. Comme le montrent les réponses reçues par le Comité suite à une circulaire émise en juin 1925, la grande majorité des Sociétés nationales ne possèdent pas de règlement fixant les rapports avec leurs autorités militaires. Il s’agit surtout pour les Sociétés nationales de trouver un délicat équilibre entre la soumission nécessaire aux services sanitaires de l’armée – pour des questions évidentes d’efficacité – et la préservation d’une certaine autonomie. Autrement dit, il faut « une subordination sans absorption »[16].

En ce qui concerne la formation du personnel, question on ne peut plus importante au lendemain d’un conflit qui a mobilisé des milliers de soignants, on constate une large diversité au sein des différentes Croix-Rouge, qui peuvent correspondre tant à des spécificités nationales qu’à un niveau de développement de l’institution plus ou moins avancé. La création de nouvelles Sociétés nationales à la suite de la guerre entraîne à cet égard une sorte d’hétérogénéisation des pratiques. Certaines d’entre elles possèdent leurs propres écoles d’infirmières, alors que d’autres ne dispensent que de simples cours théoriques aux personnes souhaitant s’engager. Au Japon c’est par exemple par le biais des 20 hôpitaux que possède la Société nationale que sont formés des milliers de membres du personnel, tandis qu’aux Etats-Unis, c’est l’Association américaine des infirmières, elle-même membre de la Croix-Rouge depuis 1909, qui se charge de l’instruction des futures infirmières. En d’autres termes, « les Sociétés nationales de la Croix-Rouge, en ce qui tient à la formation de leurs infirmières et ambulancières, se divisent en quatre groupes : celles qui forment exclusivement un personnel bénévole de secours en cas de guerre, de désastre ou d’épidémies ; celles qui forment à la fois, dans leurs écoles et hôpitaux-écoles, de véritables infirmières professionnelles, aptes au service de paix aussi bien qu’au service de guerre, et des aides bénévoles de la Croix-Rouge ; celles qui ne forment que des infirmières professionnelles ; enfin celles qui, ne formant pas elles-mêmes leurs infirmières, enrôlent dans leurs réserves des infirmières formées soit dans les écoles d’infirmières de l’Etat, soit dans des écoles dépendant d’autres institutions. »[17]

Les quelque vingt années séparant 1918 de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne en 1939 sont donc marquées par un renforcement tant quantitatif que qualitatif de la Croix-Rouge internationale. Ses Sociétés nationales n’ont pas fait que se répandre de l’autre côté de l’Atlantique, elles se sont également progressivement professionnalisées pour faire face aux dégâts de guerres modernes de plus en plus meurtrières. Le Mouvement, quant à lui, a cherché à consolider les aspects organisationnels de l’aide humanitaire puisque la Grande Guerre marque également la naissance des délégations du CICR telles qu’on les connaît aujourd’hui[18]. Ses efforts ne seront pas vains et la formation d’une Commission mixte de secours pendant la Seconde guerre mondiale en sera la preuve vivante.

L’après-guerre et les décolonisations

Les anciennes puissances européennes sortent affaiblies de la Seconde Guerre mondiale et les deux grands vainqueurs, l’URSS et les Etats-Unis, sont hostiles au vieux colonialisme. L’ordre international qui se met alors en place n’a donc plus beaucoup de tolérance pour les relations impériales héritées du XIXe siècle. Les luttes de libération nationale achèveront dans les décennies qui suivent 1945 la domination formelle d’une partie du globe sur l’autre. Les premières nations à recouvrir leur indépendance se trouvent en Asie : la Syrie, le Liban, la Birmanie ou encore l’Indonésie.

A la décolonisation sur le continent asiatique succèdent les indépendances africaines au cours des années 1960. Un phénomène historique qui se reflète dans l’agrandissement de la famille du Mouvement, l’année 1963 marquant un record puisque pas moins de 10 Sociétés nationales sont reconnues par le CICR, dont 7 proviennent d’Afrique : Burundi, Cameroun, Madagascar, Tanganiyka (qui deviendra la Tanzanie), Algérie, Sénégal et Côte d’Ivoire. Au total, ce ne sont pas moins de 41 Croix-Rouge et Croissant-Rouge qui se voient reconnues par le CICR entre 1950 et 1969. Alors que le Mouvement ne comptait que deux Sociétés nationales africaines en 1945 (l’Afrique du sud et l’Ethiopie), elles sont plus d’une dizaine 20 ans plus tard. Une tendance qui épouse celle de l’entrée massive de nouveaux pays adhérents aux Nations Unies, faisant basculer le rapport de force au sein de leur Assemblée générale. Cette dernière participe d’ailleurs à la dynamique en question puisque, par une résolution datant de novembre 1946, elle encourage la création de Sociétés nationales chez ses Etats membres[19].

On le sait, le CICR était sorti de la Seconde Guerre mondiale passablement affaibli et cibles de nombreuses critiques[20]. A n’en pas douter, les nombreuses créations de Sociétés nationales ont participé à insuffler une nouvelle dynamique à l’ensemble du Mouvement. 1945 n’avait d’ailleurs pas signifié un arrêt des activités de ce dernier puisque les conflits s’étaient multipliés après la reddition japonaise : guerre de Corée, guerre civile grecque, guerre d’Indochine ou guerre civile chinoise… Les terrains d’intervention humanitaire ne manquaient pas, malgré la fin du plus meurtrier de tous les conflits de l’histoire.

Un délégué du CICR procède, aidé de la Croix-rouge lao, à une distribution d’ustensiles de ménage et de moustiquaires. (1967, CICR)

De manière plus globale, les décolonisations, du fait du bouleversement qu’elles représentent vis-à-vis de l’ordre impérial et eurocentré, redéfinissent à la fois le rôle de l’action humanitaire en général et celui des Sociétés nationales[21]. Ces dernières, lorsqu’elles proviennent des nations colonisatrices, doivent faire face à de nombreuses contradictions et se voient souvent reprochées, non sans raison, leur parti-pris en faveur des colons. En octobre 1962, le CICR convoque même une Commission d’experts chargée d’examiner la question de l’aide aux victimes des conflits internes, où sont réaffirmés les principes d’indépendance et d’impartialité des Sociétés nationales, particulièrement à l’égard de leurs gouvernements.  Le Comité international s’est quant à lui vu confronté à des guerres de libération nationale que les puissances européennes souhaitaient généralement cantonner à de simples désordres intérieurs, non susceptibles de rentrer dans le champ de l’action humanitaire. Une réalité à laquelle se mêlait souvent celle de l’affrontement idéologique entre Est et Ouest.

L’après-1945 est en effet aussi marqué par la guerre froide, dont les tensions perturbent quelque peu les activités du Mouvement. La XIXe Conférence internationale de New Delhi en 1957 a ainsi été le théâtre d’une opposition entre deux délégations chinoises qui a finalement conduit au départ de nombreuses autres délégations solidaires de celle de la République Démocratique chinoise et qui estimaient que « Taïwan » n’avait pas à être représenté. Faute d’avoir pu régler ce problème, la Conférence qui devait avoir lieu en 1963 est finalement annulée et il faudra attendre celle de 1965 à Vienne pour que le Mouvement retrouve une certaine sérénité dans son travail. De manière générale, l’opposition est-ouest et les guerres de libération nationale qui parfois s’y superposent participent à créer un climat peu favorable à la coopération internationale et avec lequel le CICR devra composer tant bien que mal[22].

Le cas de l’Algérie est à cet égard significatif : théâtre d’une guerre de décolonisation depuis 1954, elle voit naître sur son sol un Croissant-Rouge algérien en janvier 1957. Le CICR estime pourtant qu’il ne remplit pas les conditions de reconnaissance, à savoir exercer son activité sur le territoire de l’Etat dont il porte le nom. L’Algérie est en effet encore considérée comme un département français. Il faudra attendre la circulaire 446 du 4 juillet 1963 pour qu’il soit finalement reconnue par le CICR. Jusqu’en 1962 c’est en effet la Croix-Rouge française qui était supposée officier sur le sol algérien, comme le mentionne à cette occasion le CICR : « L’action du Croissant-Rouge en Algérie a été assumée par la Croix-Rouge française, avec dévouement et compétence, jusqu’à l’accession du pays à l’indépendance. »

Proclamée « décennie du développement » par l’ONU, les années 1960 sont aussi celles du constat de l’écart des moyens et des niveaux d’organisation qui existent entre Sociétés[23]. C’est ce qui va notamment conduire à un changement de paradigme dans le rôle que revêt le processus de reconnaissance de la part du CICR. Alors que, jusqu’alors, il avait constitué une sorte d’aboutissement pour toute Société nationale, cette dernière pouvant parfois exister plusieurs années voire décennies avant d’être reconnue formellement par le Comité, il est désormais considéré comme une approbation nécessaire à sa croissance. Les exigences du CICR vont donc être adaptées afin de prendre en compte la spécificité de Sociétés nationales créées souvent dans des conditions instables ou des pays nouvellement indépendants[24]. En juillet 1962 il crée même une délégation dont l’un des objectifs sera d’aider à la création de Sociétés en Afrique et de faciliter leur reconnaissance.

Rencontre entre Marcel Naville, president du CICR, et des dames de la Croix-Rouge du Cameroun (1971, CICR)

La résolution 32 de la Conférence de Vienne en 1965 aborde ainsi la question du « Développement des Sociétés nationales dans le domaine de la santé, du service social et de l’éducation » en spécifiant à la fin qu’elle « recommande que les Sociétés nationales créent ou étendent des programmes de santé, d’éducation et de bien-être social, à l’intention des jeunes et des adultes, en collaboration avec les institutions gouvernementales ainsi qu’avec d’autres organisations volontaires non gouvernementales, en vue de répondre aux besoins spécifiques des régions en voie de développement. »

De telles collaborations peuvent prendre des formes inattendues, comme ce fut le cas en Amazonie brésilienne en 1970[25]. A cette occasion, les Croix-Rouge néerlandaise, suédoise et ouest-allemandes se joignent à leur homologue brésilienne pour une mission de reconnaissance des besoins médicaux des populations indigènes. Le CICR est également partie intégrante du projet, qu’il suivra jusqu’en 1973, année à partir de laquelle il transmet le flambeau à la Ligue.

La collaboration entre le CICR et les Sociétés nationales se perpétue également sur le plan du droit international humanitaire : un appel est en effet émis par le CICR à travers la circulaire no 478, invitant les Sociétés nationales à faire part de leurs suggestions concernant le renforcement et le développement du droit international humanitaire esquissé lors de la Conférence de 1969 et qui allait progressivement mener aux Protocoles additionnels de 1977. Ainsi, en mars 1971, les experts des Sociétés nationales intéressées étaient invités à la Haye pour la première session de la Conférence d’experts de la Croix-Rouge sur la réaffirmation et le développement du droit international humanitaire applicable dans les conflits armés. A cette occasion, 34 Sociétés nationales, majoritairement européennes et américaines, débattent par exemple de la guerre de guérilla et de l’application du droit international humanitaire à de tels conflits asymétriques.

Une telle consultation ne constitue pas une première puisque, de manière systématique, le CICR a fait appel aux Sociétés nationales avant toute refonte du droit international humanitaire. Il a par exemple convoqué en 1946 une Conférence préliminaire des Sociétés nationales de la Croix-Rouge qui a constitué un jalon important en vue de la rédaction des Conventions de 1949. Et, avant cela, en 1918, la circulaire 172 avait appelé à une « Conférence des Croix-Rouges de tous les pays belligérants, ainsi que des pays neutres d’Europe » afin de statuer sur la question des prisonniers de guerre. Cette dernière n’avait finalement pas eu lieu mais elle constituait elle aussi un premier pas en direction de ce qui allait devenir la Convention de 1929.

Les deux Protocoles additionnels de 1977 peuvent eux-mêmes être vus comme un produit des années 1960 dans la mesure où ils doivent beaucoup à l’émergence de ce que l’on appelait alors le Tiers-Monde : ces pays nouvellement indépendants ne se sentaient pas forcément liés à un ordre juridique international élaboré sans eux à la fin des années 1940[26]. Une révision partielle était alors considérée comme nécessaire.

 

Jusqu’à nos jours

Comme le relève Yves Sandoz à la fin des années 1980, « originellement créées pour être les auxiliaires des services sanitaires des forces armées (…), les Sociétés nationales actuelles ne jouent plus ce rôle qu’assez marginalement, d’une part parce que ces services se sont renforcés dans nombre de pays, qui ont moins besoin de l’apport de ces Sociétés, d’autre part du fait de l’orientation prise après la Première Guerre mondiale »[27]. Il ajoute ensuite qu’il faut probablement se réjouir d’une telle évolution car elle a permis la pérennisation des Sociétés en question.

Cette relative autonomie était d’ailleurs souhaitée par le CICR dès le départ : son but était d’encourager la création de Sociétés nationales dans le plus grand nombre de pays possible, non de les diriger et de leur dicter leurs actions. Dans les années 1880, il s’était ainsi opposé à une initiative russe visant à renforcer la centralisation de ce qui allait devenir le Mouvement. Un état d’esprit qu’on devait autant à l’esprit fédéraliste de ses créateurs qu’à la prise en compte plus pragmatique de l’importance des Etats et de leurs rapports avec leurs Sociétés nationales respectives.[28]

Ainsi, à l’instar des prérogatives du CICR qui se sont étendues de l’assistance aux blessés à celle aux prisonniers de guerre puis à la protection des personnes civiles, le rôle des Sociétés nationales a passablement évolué avec le temps. Placées face aux événements souvent tragiques de l’histoire, ces dernières ont progressivement embrassé un nombre de plus en plus important de tâches, jusqu’à devenir des acteurs centraux dans l’aide aux plus démunis et aux malades dans leur pays. De même, leur expansion sur la surface du globe a inévitablement conduit chacune d’entre elles à se confronter à des réalités nationales fort différentes de ses comparses.

Le nombre de Sociétés nationales a encore augmenté à la fin du XXe siècle, suite notamment à l’éclatement du bloc soviétique. Les années 1990 constituent même une décennie-record en ce qui concerne le nombre de reconnaissances – pas moins de 27. L’histoire qu’elles sont amenées à construire avec le CICR et l’ensemble du Mouvement reste ainsi à écrire.

 

[1] Les termes de « Sociétés », « sociétés de secours », « organisations de secours » et « comités nationaux » ont été utilisés à différents moments de l’Histoire pour désigner les Sociétés nationales. Ils sont donc à comprendre comme synonymes dans le texte qui suit.

[2] Gustave Moynier, Rappel succinct de l’activité déployée par le Comité international de la Croix-Rouge à Genève pendant les quarante premières années de son existence (1863 à 1904) présenté à ce Comité le 17 octobre 1904, par son président, 1904, Genève, p. 25

[3] Gustave Moynier, La Croix-Rouge, son passé et son avenir, Genève, 1882, p. 16

[4] Le croissant rouge ne sera formellement reconnu comme emblème qu’à la Conférence de 1929. Voir à ce sujet l’article de François Bugnion,  Croix rouge, croissant rouge, cristal rouge , CICR, Genève, 2007, p. 12-13

[5] Rappelons qu’à cette époque, Gustave Moynier est un proche du roi Leopold II et qu’il occupera même la fonction de consul du Congo en Suisse entre 1890 et 1904. Voir notice DHS.

[6] Gustave Moynier, La Croix-Rouge, son passé et son avenir, Genève, 1882, p. 37

[7] Bulletin international des Sociétés de secours aux militaires blessés, no 3, avril 1870.

[8]Shai M. Dromi, Above the fray : the Red Cross and the making of the humanitarian NGO sector, University of Chicago Press, Chicago, 2020, p. 77

[9] Pour une interprétation plus critique de la manière dont les Sociétés nationales ont pu se rallier à l’esprit guerrier d’alors, voir John F. Hutchinson, Champions of charity : war and the rise of the Red Cross, Westview Press, Boulder, 1996. Il cite notamment (p. 155) Jules Lacointa qui, ouvrant la Conférence internationale de 1884, prononce ces paroles : « En unissant le culte de l’humanité à celui de la patrie, sans subordonner l’un à l’autre, les Sociétés de secours accomplissent une œuvre bénie ».

[10] Voir le sous-chapitre dans le livre de Cédric Cotter, (S’)aider pour survivre : action humanitaire et neutralité suisse pendant la Première Guerre Mondiale, Goerg, Chêne-Bourg, 2017, p. 42-47

[11] Irène Herrmann, « Décrypter la concurrence humanitaire : le conflit entre Croix-Rouge(s) après 1918 », Relations internationales, no 151, 2012

[12] Compte-rendu de la XIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge, p. 52

[13] Pour avoir un aperçu du point de vue pittoresque que pose le CICR sur ces Sociétés nouvellement créées et leur environnement : Suzanne Ferrière, « Les Croix-Rouge de l’Amérique du sud », Revue Internationale De La Croix-Rouge Et Bulletin International Des Societes De La Croix-Rouge, Vol 6, no 71, 1924. Cité dans Palmieri, « Mission humanitaire ou voyage d’étude ? : le CICR et la guerre du Chaco » in Les guerres du Paraguay aux XIXe et XXe siècles, CoLibris, Paris, 2007, p. 57

[14] Croix-Rouge de Colombie, Memoria presentada por la Cruz Roja Colombiana, 1925

[15] En 1986, le Mouvement rendra impossible pour une délégation de représenter à la fois l’Etat et la Société nationale.  David P. Forsythe, The humanitarians : the International Committee of the Red Cross, Cambridge University Press, Cambridge, 2005,  p. 22

[16] CICR, Relations des Services de santé militaires et des Sociétés nationales de la Croix-Rouge, 1925, p. 6

[17] CICR, Recrutement et formation des infirmières de la Croix-Rouge, 1928, p. 3

[18] Daniel Palmieri, « Une institution à l’épreuve du temps ? : retour sur 150 ans d’histoire du Comité international de la Croix-Rouge », Revue internationale de la Croix-Rouge, vol. 94, 2012, p. 89-90

[19] Hans Haug, Humanité pour tous : le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Institut Henry Dunant, Berne, 1993, p. 159

[20] Daniel Palmieri,  « Savoir et se taire ? Le Comité international de la Croix-Rouge et la Shoah », Revue d’histoire de la Shoah, vol. 1, no 210, 2019

[21] Andrew Thompson, Les principes humanitaires au banc d’essai : les enjeux de l’action humanitaire lors de la décolonisation, Revue internationale de la Croix-Rouge, sélection française, Vol. 97, 2015

[22] François Bugnion, « La Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge : défis, enjeux et réalisations », Revue internationale de la Croix-Rouge, sélection française, Vol. 91, 2009

[23] « Le processus de décolonisation amorcé à la suite de la Seconde guerre mondiale et dont le conflit de Suez va précipiter la marche se traduira notamment par un accroissement du nombre des Sociétés nationales. L’établissement de relations avec les Sociétés nationales nouvellement constituées, l’accompagnement du processus conduisant à leur reconnaissance et à leur insertion au sein de la Croix-Rouge internationale constitueront l’un des principaux défis auxquels le CICR sera confronté au cours des années 1956-1965. » Françoise Perret et François Bugnion, De Budapest à Saigon : histoire du Comité international de la Croix-Rouge 1956-1965, Georg, Chêne-Bourg, 1999 p. 34

[24] Françoise Perret et François Bugnion, De Budapest à Saigon : histoire du Comité international de la Croix-Rouge 1956-1965, Georg, Chêne-Bourg, 1999, p. 303

[25]  CICR, Projet d’un programme pour une action d’assistance médicale de la Croix-Rouge en faveur des populations indiennes d’Amazonie brésilienne, 1972.   Pour un témoignage plus personnel, voir Serge Nessi, Autrefois… l’humanitaire, Slatkine, Genève, 2019, p. 159-180

[26] François Bugnion, Le comité international de la CR et la protection des victimes de la guerre, CICR, Genève, 2000, p. 367

[27] Yves Sandoz, « Le développement des Sociétés nationales : un défi permanent », Revue internationale de la Croix-Rouge, no 771, 1988, p. 260

[28] David Forsythe, The humanitarians : the International Committee of the Red Cross, Cambridge University Press, Cambridge, 2005, p. 25-26