
Province de Maï-Ndombe, Yumbi. Trois mois après l'incendie de sa maison, dans lequel elle a perdu trois de ses petits-enfants et qui lui a causé de graves brûlures, cette femme ne s'est pas encore remise de son traumatisme. Elle passe régulièrement visiter les ruines de l'endroit où elle passait du temps avec ses petits-enfants. Mai-Ndombe Province, Yumbi. Three months after a fire at her house, in which she lost three of her grandchildren and got severely burnt, this woman is still in shock. She regularly visits the ruins of where she spent time with her grandchildren. Site web du CICR, article du 17.04.2019: RDC: comment vivre après la violence? Les affrontements intercommunautaires de Yumbi ont, fin 2018, causé la mort de centaines de personnes selon les Nations unies. Dans cette ville située à 300 kilomètres au nord de Kinshasa sur les rives du fleuve Congo, la population peine à retrouver une vie normale quatre mois après les événements. « Je passe toutes mes nuits à même le sol, sur une natte », témoigne Moseka, femme quinquagénaire, encore sous le choc. Trois de ses petits enfants sont décédés dans l'incendie volontaire de sa maison. Brûlée aux mains, au bras et au visage, les séquelles physiques se doublent d'une grande détresse morale. Elle vit désormais chez son fils. « Cela fait trois mois qu'on me prend en charge comme un bébé. J'ai repris la vie à zéro. » Un grand nombre de victimes des affrontements se sont réfugiées sur des îlots au milieu du fleuve. Calvin Mastaki, superviseur des activités d'assistance du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans la région, était sur place fin février pour évaluer les besoins. « Là-bas, on dort à la belle étoile ou dans des cahutes de pêcheurs construites à même le sable. La chaleur y est accablante », rapportait-il. Pour ceux restés en ville, la situation n'était guère meilleure : « Nous pêcheurs, nous ne savons plus comment nourrir nos familles », confiait Samuel à Calvin. Bras croisés, les pieds enfoncés dans le sable, il lâchait, dépité : « Nous avons perdu nos pirogues et notre matériel de pêche. Nous ne savons plus quoi faire. » Les résultats de l'évaluation de Calvin et de ses collègues permettront d'organiser les secours à partir de Kinshasa. Et du 13 au 18 mars 2019, en collaboration avec la Croix-Rouge de la RDC, le CICR distribuait des vivres à plus de 15 000 personnes en déployant des efforts logistiques considérables dans cette région isolée, accessible essentiellement par le fleuve Congo. Les barges affrétées prendront sept jours pour rejoindre Yumbi. Une fracture encore visible Aujourd'hui, des mois après les affrontements, la méfiance entre agriculteurs et pêcheurs reste vive. Les communautés, qui avaient l'habitude d'échanger leurs produits, ne se côtoient plus. « Les uns produisaient du riz et du manioc, les autres du poisson, tous se retrouvaient au marché », raconte Samuel. « Ce n'est plus du tout le cas. Chacun reste dans son coin. » De nombreux paysans ont raté le début de la saison agricole en février dernier, faute de semences et d'outils, mais aussi en raison de l'insécurité qui les empêchait de se rendre aux champs. Si les conditions de sécurité se sont améliorées au fil du temps, l'accès à la nourriture reste un casse-tête. Les échanges commerciaux avec Kinshasa aussi, qui tournent toujours au ralenti. Marianne, commerçante de la capitale, se rendait régulièrement à Yumbi pour y acheter du poisson. Pour son malheur, les combats ont éclaté une semaine après son arrivée en ville. « Ma fille de 3 ans a été tuée, on m'a volé la somme de 150 dollars et je suis bloquée ici faute d'argent pour payer mon retour à Kinshasa. » Pour l'instant, une famille a accepté de l'héberger. Le temps qu'elle trouve les moyens de retourner chez elle. Les violences intercommunautaires, qui ont eu lieu entre le 16 et le 18 décembre dernier à Yumbi, dans la province de Maï-Ndombe, ont causé d'énormes dégâts dans la région. L'ONU parle de plus 500 personnes tuées et 16 000 déplacés. Des centaines de maisons, des écoles et des centres de santé ont été détruits ou incendiés. A la suite de l'accalmie, la population a commencé à retourner progressivement chez elle mais se trouve dans une situation très précaire. ICRC website article 17.04.2019: Yumbi, DRC: in the aftermath of violence Hundreds of people died when intercommunity violence broke out in December 2018 in Yumbi, Democratic Republic of Congo, according to the United Nations. Four months later, people are struggling to return to a normal life in this town on the banks of the Congo River, some 300 kilometres north of Kinshasa. Moseka, a fifty-year-old woman, is still in shock. Three of her grandchildren died when her house was set on fire. She was left with burns on her hands, arms and face, but the physical wounds are nothing compared to her emotional distress. She has been living with her son ever since. "I sleep on the floor every night, with only a sheet beneath me," she said. "For three months now, I have to be cared for like a baby. I was left with nothing." Many victims of the attacks have sought refuge on small islands in the river. Calvin Mastaki, who oversees relief activities for the International Committee of the Red Cross (ICRC) in the region, went to Yumbi in late February to evaluate their needs. "The people there are sleeping in the open air or in fishing huts built right on the sand. The heat is blistering," he reported. Things are not much better for those who stayed in town. "We fishermen can't feed our families anymore," a man named Samuel told Mr Mastaki. Standing in the sand with arms folded, he looked crushed. "We've lost our fishing boats and equipment. We don't know what to do." An aid shipment was sent from Kinshasa following the evaluation carried out by Mr Mastaki and his team. Between 13 and 18 March 2019, the ICRC and the Red Cross of the Democratic Republic of Congo distributed supplies to over 15,000 people in spite of considerable logistic challenges. The region is very isolated, practically inaccessible except via the Congo River. The aid barges took seven days to reach Yumbi. Wounds still not healed It has been months now since the attacks, but trust between the fishing and farming communities has not yet been restored. The two groups, who used to exchange goods, now avoid each other. "They grew rice and cassava, we caught fish. We used to trade at the market," Samuel explained. "But everything is different now. We keep to ourselves." Many farmers are also suffering, having missed the start of the season in February owing to a lack of seed and tools, but also because of the violence that kept them from their fields. Although the fighting has subsided over time, food is still scarce. Business with Kinshasa has also ground to a halt. Marianne, a shopkeeper from the capital, used to make regular trips to Yumbi to buy fish. Unluckily for her, the fighting broke out while she was there. Her three-year-old daughter was killed, the 150 dollars she'd brought with her were stolen, and she is now stuck in Yumbi with no money for the trip back. She is staying with a local family until she finds a way to return home. Devastating intercommunity violence broke out between 16 and 18 December 2018 in Yumbi, Mai-Ndombe province, Democratic Republic of Congo. According to the United Nations, over 500 people were killed and 16,000 displaced. Schools, health centres and hundreds of houses were burned or otherwise destroyed. People have gradually begun to return to their homes as the situation has stabilized, but living conditions are still extremely difficult.