En janvier 2026, la mise en ligne de l’inventaire des rapports de visite des camps non-toilettés réalisés par les délégués du CICR durant la Seconde Guerre mondiale a débuté. Celui-ci est aujourd’hui consultable sous la cote C SC NT. Afin d’accompagner cet inventaire et de faciliter l’entrée dans ce corpus, les Archives générales publiques du CICR ont décidé de réaliser une carte interactive représentant les camps visités par les délégués. Au moment de la publication de ce post, ce travail, toujours en construction, cartographie plus de 1200 camps différents visités entre 1939 et 1943.
Ces archives permettent un accès très détaillé aux conditions de détention des prisonniers de guerre et de différents types d’internés. Ces rapports contiennent beaucoup d’informations sur la vie quotidienne dans les camps : la nourriture proposée, les habits des prisonniers, l’hygiène, le soin des blessés, les besoins spirituels et intellectuels du camp, la réception et l’envoi des colis et la discipline qui y est exercée. Même si ces dossiers concernent principalement des camps de prisonniers de guerre, de nombreux détachements de travail, hôpitaux, camps d’internés civils, d’internés militaires et de membres de la marine sont également visités.
Ces rapports ont pour particularité d’être non toilettés, c’est-à-dire qu’il s’agit de la première version ayant été rédigée par les délégués directement après leur visite.[1] À leur réception au siège du CICR à Genève, ces rapports étaient ensuite repris et mis en forme. Dans une perspective historique, la forme brute de ces rapports permet de rester au plus près des observations faites sur les lieux par les délégués et donne accès à certains documents annexes reçus par ces derniers lors de leurs visites, tels par exemple des journaux de camp rédigés par les prisonniers, des menus de la semaine ou encore des programmes d’activités. Ils comprennent aussi un grand nombre d’indications géographiques quant à la localisation des camps visités, ce qui a motivé la cartographie de ceux-ci.
Pourquoi cartographier les camps visités par le CICR ?
L’objectif principal derrière cette carte est de permettre à un large groupe d’individus, allant du grand public aux historiens spécialistes d’obtenir facilement une meilleure compréhension et une meilleure visualisation de la répartition mondiale des différents camps.
Cette carte permet aussi de mieux comprendre l’ampleur de ce conflit en visualisant à quel point la mise en place de ces camps est un phénomène global, ainsi que d’avoir une idée plus complète des différents types de camps ayant existé et des différentes pratiques nationales en termes de nomenclature.
Un questionnement sur la mémoire et les traces restantes de ces camps peut aussi être développé grâce à cette carte. Elle devrait notamment permettre à qui le souhaite de s’informer sur différents camps qui ont pu exister n’importe où dans le monde et qui ont parfois été oubliés. La plupart de ces lieux sont actuellement réutilisés à d’autres fins et il est pertinent de montrer quelles traces (ou quelle absence de traces) de ce lourd passé subsistent aujourd’hui. De plus, ce travail participe aussi à la mise en valeur de certains camps sur lesquels encore peu d’informations sont connues. Pour ne citer que cet exemple, un grand nombre de camps se trouvant en Egypte rassemblent un nombre important de prisonniers mais ils sont encore pourtant encore relativement peu étudiés. Ce travail permettra donc peut-être de motiver la mise en place d’éventuelles recherches à leur sujet.

ACICR, carte de l’Allemagne avec l’emplacement géographique des camps et lignes DRB.
En se basant sur les dossiers du CICR, cette carte donne aussi une vision d’une partie des activités réalisées par l’institution durant cette période. L’ajout d’un lien vers les archives concernant chaque camp permet aussi de faciliter l’accès et la navigation dans ce large corpus d’archives composé de plus de 1000 dossiers. De cette manière, un visiteur des archives du CICR cherchant un camp précis peut accélérer sa recherche en faisant une première recherche en passant par la carte afin d’accéder aux dossiers auxquels il souhaiterait avoir accès, avant de compléter celle-ci par une recherche dans l’inventaire en ligne.
Finalement, il faut préciser que ce travail cartographique n’est bien évidemment pas novateur car de nombreux sites répertorient déjà une grande partie des camps de la Seconde Guerre mondiale. Cependant, la plupart d’entre eux se basent sur des archives nationales et ont donc pour limite d’uniquement représenter les camps à l’échelle d’un pays. En contraste, les archives du CICR ont pour particularité de contenir des informations sur des camps dans le monde entier. Le format très standardisé de tous ces rapports permet une certaine uniformité des informations représentées sur la carte, ce qui facilite les comparaisons entre les différents camps.
Pour plus d’informations sur les différentes façons de cartographier des camps, nous conseillons le chapitre II de l’ouvrage Knowles, Anne Kelly. Geographies of the Holocaust. Bloomington : Indiana University Press, 2014.
Guide d’utilisation de la carte
Un objectif déterminé dès le début de ce projet était de placer les camps aussi précisément que possible, c’est-à-dire en principe au bâtiment près. Cette décision était notamment motivée par le foisonnement de détails dans les descriptions se trouvant dans les rapports, qui permettent une précision accrue.

Afin de représenter les camps et de faciliter la navigation sur la carte, les camps sont classés en quatre catégories sur la carte : camps de prisonniers de guerre, détachements de travail, camp d’internement civil et hôpitaux. En utilisant l’option des calques en bas à droite du site, il est possible de visualiser chaque catégorie indépendamment les unes des autres.
Il faut garder en tête que cette catégorisation reste une simplification et qu’il existe de nombreux cas se trouvant à la frontière entre plusieurs catégories. Par exemple, la Convention de Genève de 1929 ne protège pas les marins marchands, lesquels, s’ils se retrouvent en territoire ennemi, tombent dans la catégorie des internés civils. Pourtant, certains pays comme l’Angleterre les considèrent et les présentent comme des prisonniers de guerre [2] et il est donc difficile de déterminer dans quelle catégorie ces détenus peuvent être rangés. Un second exemple est le cas suisse, où des “internés militaires” sont détenus comme des internés civils et non pas comme des prisonniers de guerre. Ici, il a été choisi de les classer dans la catégorie des internés civils. Il est aussi commun que le type d’un camp change au fil de la guerre, comme dans le cas où un camp de prisonniers de guerre est ensuite ré-utilisé comme camp d’internement civil. Dans ce cas de figure et afin que le camp soit visible dans chacun des calques, il a été choisi de placer le camp deux fois sur la carte, en adaptant la catégorie de ce dernier en conséquence. Ainsi, la catégorisation adoptée ici n’est pas entièrement représentative de la réalité et ne reste qu’un classement relativement superficiel et parfois même légèrement arbitraire.

Pour ce qui est des notices présentant chaque camp, celles-ci ont systématiquement la même structure. Le titre de chaque notice présente le nom du camp, ainsi que le nom de la ville dans lequel il se trouvait. Le nom du camp est celui indiqué dans les rapports et dépend donc des informations que le délégué avait en sa possession. Lorsque le nom du camp a changé au cours de la guerre, ce qui est plutôt courant, cette évolution est indiquée par le terme “, puis” (par exemple : “Oflag XVIII B, puis Stalag XVIII A”). Dans le cas où le nom de la ville a changé, il a été choisi d’indiquer en priorité le nom se trouvant dans les archives, tout en le complétant entre parenthèses par le nom contemporain de la ville. Ainsi, la recherche est simplifiée pour toute personne qui ne serait pas spécialiste du sujet et qui ne connaît donc pas nécessairement l’ancien nom du lieu recherché.
Les premières informations figurant dans la notice sont les dates de visite du camp. Certains camps ont été visités une seule fois, alors que d’autres le sont à de multiples reprises. Indiquer cette information permet donc aux visiteurs de la carte de bénéficier d’un repère temporel et de savoir combien de fois chaque camp est visité. Ensuite, un lien vers l’inventaire en ligne permet d’accéder directement aux références d’archives qui concernent le camp en question. Une fois le projet de numérisation des archives du CICR achevé, il est prévu que le lien mène directement à l’archive numérisée.
Lorsqu’il n’a pas été possible de localiser exactement le camp, la mention “l’emplacement de ce camp n’est pas exact/est très incertaine” a été ajoutée à la notice. Dans certains cas, des informations contenues dans les dossiers ont été inscrites dans la notice (comme par exemple une description du type de bâtiments où il se trouvait). Ces indications pourraient notamment permettre à des personnes ayant une connaissance plus fine des localités mentionnées de peut-être pouvoir situer plus précisément les camps décrits. Ainsi, certaines imprécisions ou erreurs pourraient être corrigées tout en valorisant l’histoire locale.
Finalement, selon le cas de chaque camp, d’autres informations ont été ajoutées comme : les dates où le nom ou le type d’un camp a changé, le travail effectué par les prisonniers dans les détachements de travail ou encore certaines spécificités du camp en question, notamment au sujet des prisonniers qui y étaient détenus.
Pour ce qui est de la recherche dans la base de données, il est conseillé de passer par l’onglet “Explorateur de données” situé à droite de l’écran. Dans ce cas, il est important de faire attention à certains détails, comme le fait que les camps anglais sont habituellement nommés “Camp No.[Numéro du camp]”, alors que les camps canadiens sont appelés “Camp [Numéro du camp]. Il est donc important de prendre le temps de se familiariser avec la carte ainsi qu’avec la nomenclature utilisée par le pays accueillant le camp recherché avant de passer à l’étape de la recherche textuelle. Lorsque c’est simplement un lieu ou une région qui sont recherchés, il est aussi possible de passer par le mode de recherche classique de Umap (onglet “Chercher un lieu”).
Il est important de préciser que cette carte, tout comme l’inventaire au moment de la publication de ce blog, est encore en cours de construction. Elle est donc amenée à évoluer au fil du temps.
Les différents jeux de données mis en forme pour ce projet peuvent être télécharger depuis la carte via l’onglet « Explorateur de données », mais aussi depuis ce répertoire sur le Github des archives générales publiques. L’inventaire et la carte étant toujours en cours de construction, des jeux de données mis à jour seront régulièrement mis à disposition.
Difficultés rencontrées dans le placement des camps
Afin de placer les camps, il était essentiel de partir des sources à notre disposition, c’est-à-dire principalement les descriptions et indications se trouvant dans les rapports. Ceux-ci indiquent souvent le nom de la ville dans laquelle le camp se situait, ainsi qu’une brève description des lieux. Dans certains cas, l’enquête est plus difficile car certains pays, comme l’Angleterre, refusaient de transmettre le nom des villes où se trouvaient leurs camps.
Lorsque la localisation du camp demande une recherche plus poussée, il n’est malheureusement pas réellement possible d’effectuer une recherche académique classique, notamment car la nature et l’ampleur du travail rendent le recours à la littérature traditionnelle (livres, articles scientifiques etc) peu adapté. En effet, ce type de textes ne précisent que rarement l’emplacement exact des camps et il serait trop chronophage de consulter un ouvrage pour chaque camp à placer. De plus, la littérature n’existe tout simplement même pas pour chaque camp.
Afin d’y remédier, la solution choisie a été de s’aider de différents sites web et bases de données en ligne. Ceux-ci ont pour avantage de rassembler un grand nombre d’informations souvent très précises, qui ont été mises en forme sur plusieurs années généralement par des personnes passionnées par le sujet et parfois de manière collaborative. Malheureusement, cela signifie qu’il est aussi souvent difficile de vérifier les informations qu’ils contiennent. Il a donc été choisi de se référer autant que possible à des sites ayant été réalisés dans le cadre de projets académiques et se basant sur des archives clairement référencées. Ces bases de données en ligne ont souvent permis de vérifier et de soutenir la recherche dans les cas plus compliqués, comme par exemple celui de groupes de camps indiens. Leur localisation était indiquée par un unique croquis dessiné dans le rapport par le délégué mentionnant les temps de trajet entre les différents groupes de camps.
Pour chaque camp, des étapes de recherche très différentes sont susceptibles d’être mises en oeuvre, faisant appel à toute notre ingéniosité. Pour ne citer que deux exemples, il est par exemple possible de se référer à des anciennes cartes des lieux (comme celles trouvables sur le site oldmapsonline.org) et de rechercher les bâtiments mentionnés dans les rapports ou encore d’utiliser des mémoriels comme référence (comme ceux présents sur le site tracesofwar.com). Parfois, il a aussi été possible de croiser les informations des rapports avec celles trouvables dans les autres archives du CICR, notamment dans le fond B G 017 03 “Localisation des camps”.
Ci-dessous, vous trouverez une liste des principaux sites utilisés :
| Lien du site | Camps concernés | Informations complémentaires |
| Old maps online | Cartes datant de la Seconde Guerre mondiale | Permet de poser, sur une zone précise, le calque d’une carte datant de l’époque voulue. Ainsi, ce site permet d’avoir une meilleure vision de la situation de certaines villes entre 1939 et 1945. |
| Traces of war | Mémoriels de la Seconde Guerre mondiale | Cartographie les mémoriels et autres traces de différents conflits, dont la Seconde Guerre mondiale. |
| The USHMM Encyclopedia of Camps and Ghettos Interactive Map | Camps en Europe et en Afrique | Cartographie les différents camps de divers types en Europe et en Afrique et donne des informations précises à leur sujet mais ne donne pas de localisation précise. |
| Oflag – Musée virtuel | Camps en Allemagne | Donne accès à des archives des Oflags allemands, comme par exemple des dessins de prisonniers, qui permettent parfois la localisation des camps. |
| Stalag list – Moosburg | Camps en Allemagne | Donne le nom des villes où les camps allemands se situaient. Cela ne suffit pas pour placer précisément les camps concernés. |
| Germany maps – BYU library digital collections | Camps en Allemagne | Donne accès à des cartes précises de nombreuses villes allemandes et qui datent de la Seconde Guerre mondiale. |
| Internment Camps – POWs in Canada | Camps au Canada | Donne des informations très précises sur les camps canadiens. |
| Internment camps: Second World War | Camps au Canada | Donne des informations concises sur les camps canadiens. |
| CANAL ZONERS – POW Camps | Camps en Egypte | Donne le nom des villes où se trouvaient certains camps en Egypte. La plupart des camps étaient cependant faits de tentes placées loin des habitations. Il est ainsi très difficile de déterminer une localisation plus précise. |
| POW Camps in the Middle East | Camps en Egypte | Donne le nom des villes où se trouvaient les camps en Egypte. Cependant il est difficile de vérifier les informations données et cela ne suffit pas pour placer précisément les camps concernés ou suivre leurs éventuels déplacements. |
| Camps listed under lowest number allocated. – WW2 P.O.W. Camps in the UK | Camps en Grande-Bretagne | Fournit une grande quantité d’informations sur les camps, mais certains ayant cessé d’exister ou ayant changé de nom, il est courant que plusieurs camps y portent le même nom ou numéro, malgré des localisations très différentes. De plus, leur localisation nécessite l’utilisation d’un site supplémentaire afin de convertir les données OS NGR en coordonnées de latitude et de longitude. |
| Grid Reference Finder | Camps en Grande-Bretagne | Permet de convertir des données OS NGR en coordonnées de latitude et de longitude. |
| Hospitals WW2 – Scarlet Finders | British General Hospitals | Donne le nom des villes où se trouvaient ces hôpitaux ainsi que où ils ont été déplacés au fil des années. |
| POW Camps in India | Camps en Inde | Donne le nom des villes où se trouvaient les camps en Inde. Cependant il est difficile de vérifier les informations données et cela ne suffit pas pour placer précisément les camps concernés ou suivre leurs éventuels déplacements. |
| I CAMPI FASCISTI – Dalle guerre in Africa alla Repubblica di Salò | Camps en Italie | Donne la localisation des camps et des hôpitaux se trouvant en Italie. Un grand nombre d’informations complémentaires sont données sur certains camps, ce qui permet de les placer précisément, tandis que seul le nom de la ville est donné pour d’autres. |
| Camps | Allies in Italy | Camps en Italie | Donne des informations très complètes sur les différents camps en Italie, mais n’est pas exhaustif. |
| List of World War II prisoner-of-war camps in Kenya – Wikipedia | Camps au Kenya | Donne la localisation de certains camps se trouvant au Kenya. Cependant les informations données sont peu vérifiables et il ne donne que le nom des villes concernées sans plus de détails. |
| List of World War II prisoner-of-war camps in Kenya – Wikipedia | Camps au Kenya | Donne la localisation de certains camps se trouvant au Kenya. Cependant les informations données sont peu vérifiables et il ne donne que le nom des villes concernées sans plus de détails. |
Idées de recherches pouvant prolonger ce travail
Ce travail ouvre la porte à d’autres projets ou pistes de recherches. En effet, différents travaux à court, moyen et long terme sont encore possibles à l’aide de cette carte, ainsi que de ce fonds. Ces travaux permettraient de rassembler diverses informations complémentaires et offriraient une compréhension plus approfondie et accessible de la situation des camps de prisonniers durant la Seconde Guerre mondiale.
Tout d’abord, à court terme, il serait intéressant de réaliser un travail d’histoire quantitative en étudiant statistiquement les données comprises dans les rapports. Cela permettrait de répondre à différentes questions, ou d’en faire émerger de nouvelles, autour de la question des camps durant ce conflit. Par exemple, il serait possible d’évaluer les conditions de vie dans les camps, la densité de population dans les différents baraquements et tentes, les rations perçues pour l’alimentation, les pathologies les plus fréquentes et leur répartition ou encore les types de travaux effectués par les détenus dans les détachements de travail. Ces différentes données peuvent être étudiées avec divers outils statistiques, et sont susceptibles de contribuer à créer des indicateurs chiffrés et ordres de grandeur pour mieux comprendre la vie dans les camps.
Un autre travail possible serait de s’interroger sur le nombre particulièrement élevé de visites dans certains camps. En effet, lors de la consultation de cette carte, il est facilement observable que certains camps ont été bien plus visités que d’autres. C’est notamment le cas du Stalag VII A à Moosburg, du camp de Fonte d’Amore à Sulmona ou encore du camp No. 306 à Geneifa. Il serait alors pertinent de s’interroger sur ce traitement : s’agit-il de camps particulièrement grands et/ou importants? De camps dont les conditions étaient si mauvaises que le CICR devait être très présent pour limiter les mauvais traitements? Ou au contraire, s’agissait-il de camps où l’accès du CICR était particulièrement facilité ? Interroger les fréquences des visites effectuées est un élément important pour travailler sur la question de l’accès humanitaire.

Répondre à ces questions permettrait de rendre accessibles des données essentielles pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants des visites du CICR dans les camps entre 1939 et 1945.
Sur le moyen terme, il serait possible de rassembler les photos présentes sur le site internet des archives audiovisuelles du CICR avec les rapports rédigés à leur sujet. Actuellement, les photos des différents camps prises par les délégués durant la Seconde Guerre mondiale ont été fréquemment séparées des rapports rédigés par ces mêmes personnes. Or, sans ces dernières, il peut être délicat de se représenter la vie dans ces camps, qui n’est décrite par les délégués qu’au travers de quelques paragraphes. [3] Ce projet pourrait s’inscrire dans la volonté du CICR de rendre ses archives le plus accessible possible au plus grand nombre. Il s’agirait soit de créer une nouvelle carte, comprenant uniquement les camps pour lesquels nous disposons des photographies, soit de réutiliser la carte Umap en y intégrant toutes les photos disponibles. Ainsi, ce travail consisterait à non seulement effectuer des premières recherches afin de trouver les documents souhaités, mais aussi à amorcer un premier travail d’analyse en reliant des photographies à des camps précis.
Enfin, un projet à long terme serait de créer une nouvelle carte interactive qui renseignerait cette fois le parcours de visites des différents délégués, chacun ayant son propre figuré cartographique. De cette manière, il serait possible de distinguer les différentes missions engagées par le CICR pour la protection des prisonniers de guerre et internés civils.
Ces trois propositions de prolongement permettraient à une personne s’intéressant aux différents camps de prisonniers durant le conflit de 1939 à 1945 d’obtenir de nouveaux points d’entrée pour comprendre les différentes catégories d’enfermement ayant eu cours pendant la Seconde guerre mondiale. Ces travaux permettraient non seulement de soutenir la recherche scientifique, mais aussi de contribuer à divers projets mémoriels. Enfin, ils soulignent à la fois la volonté du CICR et son rôle, tant historique que contemporain, en tant qu’acteur humanitaire s’engageant pour la protection des prisonniers de guerre et internés civils en contexte de conflit armé.
Conclusion
En conclusion, cette carte est un outil de recherche utile permettant à des usagers variés de trouver les informations souhaitées beaucoup plus facilement et d’aider le travail des archivistes du CICR dans les différentes demandes qui leur sont faites régulièrement concernant ces camps.
Il est toutefois important de signaler que cette carte possède certaines limites. Tout d’abord, cette dernière n’est pas exhaustive car une partie du fonds est encore en cours d’inventaire, ce qui empêche de proposer une vision globale de ces archives. Dans le même ordre d’idées, et malgré nos recherches approfondies, plusieurs camps n’ont pas pu être placés par manque de données géographiques et ils ont dû être mis de côté.
Enfin, les camps répertoriés sur cette carte dérivent uniquement des archives inventoriées sous la référence C SC NT. Certaines catégories d’enfermés, au premier rang desquels les déportés et détenus politiques, ne figurent pas dans cette partie des fonds. Aux archives du CICR, l’étude de ces types de détention s’appuie sur d’autres références, il s’agit des séries :
- B G 59 « Israélites »
- B G 044 « Otages et détenus politiques »
- B SEC DAS « Division d’assistance spéciale »
Dans ces trois séries, on ne trouve en revanche aucun format de document aussi standardisé et systématisé que les rapports non toilettés de la série C SC NT. À cet égard, il serait délicat de s’essayer à mener un travail de cartographie similaire à celui présenté ici. En fonction des sources disponibles, la mise en forme des données et les protocoles d’analyse devront donc toujours être adaptées.
[1] Voir le chapitre sur les visites des camps de prisonniers (pp. 227 à 247) du Rapport produit par le CICR sur son activité pendant la Seconde Guerre mondiale.
[2] Voir en particulier la série ACICR B G 046 « Marine ».
[3] Il faut néanmoins toujours s’interroger sur le contexte de production des photos trouvées aux archives. Une photo prise directement par un délégué et une photo qui a été donnée au délégué par le commandement d’un camp ne sauraient être étudiées de la même façon.




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